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Police et censure en Chine au lendemain de manifestations historiques

novembre 28, 2022
Manifestation à Pékin.

Protestataires et policiers lors d’un rassemblement contre les mesures chinoises strictes de « zéro COVID », lundi à Pékin. Photo : Getty Images/Kevin Frayer

Dans les rues, une présence policière soutenue. En ligne, la censure : les autorités chinoises tentaient lundi de freiner le mouvement de colère d’une ampleur historique de Chinois exaspérés par les restrictions sanitaires et réclamant plus de libertés.

Dimanche, une foule de manifestants, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, est descendue dans la rue notamment à Pékin, Shanghai et Wuhan, prenant les forces de l’ordre au dépourvu.

Parmi les slogans scandés à l’unisson : Pas de tests COVID, on a faim!Xi Jinping démissionne ! PCC [Parti communiste chinois, NDLR], retire-toi ! ou Non aux confinements, nous voulons la liberté.

Par son étendue sur le territoire, la mobilisation semble la plus importante depuis les émeutes prodémocratie de 1989.

Elle est le point d’orgue d’une grogne populaire qui n’a cessé de monter ces derniers mois en Chine, l’un des seuls pays au monde à appliquer encore une stricte politique zéro COVID, avec confinements à répétition et tests PCR quasi quotidiens de la population.

L’incendie mortel survenu à Urumqi, capitale de la province du Xinjiang (nord-ouest), a catalysé la colère de nombre de Chinois, certains accusant les restrictions sanitaires d’avoir bloqué le travail des secours.

Un agent de santé effectue un test de COVID-19.

Un agent de santé effectue un test de COVID-19 sur une femme dans le quartier de Jing’an à Shanghai. Photo : Getty Images/Hector Retamal

Les restrictions ont été assouplies dans la capitale de 4 millions d’habitants : les habitants pourront dès mardi se déplacer en bus pour faire leurs courses et les livraisons de colis pourront reprendre. Des commerces de zones à faible risque peuvent également demander à reprendre partiellement leurs activités.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé des forces aux motivations cachées d’établir un lien entre cet incendie et la réponse locale au COVID-19, selon son porte-parole Zhao Lijian.

Sous la direction du Parti communiste chinois et [avec] le soutien du peuple chinois, notre combat contre le COVID-19 sera une réussite, a-t-il assuré, en réponse à la vague de protestations du week-end.

Mais les manifestations ont fait également émerger des demandes pour plus de libertés politiques, voire pour le départ du président Xi Jinping, tout juste reconduit pour un troisième mandat inédit à la tête du pays.

Lundi matin, une présence policière était visible à Pékin et à Shanghai, près des lieux de rassemblements de la veille, ont constaté des journalistes de l’AFP.

À Shanghai, deux personnes ont été arrêtées près de la rue Urumqi, à l’endroit même où avait eu lieu une manifestation dimanche. L’une des deux personnes n’avait pas obéi à nos dispositions, a expliqué un policier à l’AFP.

Les agents écartaient également d’autres personnes présentes sur place et leur ordonnaient d’effacer des images de leurs téléphones, selon un journaliste de l’AFP.

La police de Shanghai, interrogée à plusieurs reprises, n’avait toujours pas répondu lundi sur le nombre de détentions durant le week-end.

Un journaliste de la BBC en Chine, qui couvrait à Shanghai, a été arrêté et frappé par la police, selon le média britannique. Le ministre britannique des Entreprises, Grant Shapps, a jugé inacceptables et préoccupantes ces violences.

Wuhan a été le théâtre de manifestations contre les restrictions drastiques imposées à la population chinoise dans le cadre de la politique de « zéro COVID-19 » imposée par les autorités. Un mouvement de protestation qui s’est étendu en Chine et dans d’autres pays, comme l’explique Samuel Rancourt.

À Shanghai, une des rues occupées par la foule durant la nuit était désormais entourée de palissades pour empêcher tout nouveau rassemblement.

Dimanche, des heurts avaient opposé forces de l’ordre et manifestants, certains portant des fleurs ou des feuilles blanches comme symboles de la censure. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.

Près de la rivière Liangma à Pékin, où plus de 400 jeunes Chinois s’étaient réunis dimanche soir pendant plusieurs heures aux cris notamment de Nous sommes tous des habitants du Xinjiang!, des voitures de police étaient garées et des agents patrouillaient le long du canal.

Cette manifestation, c’était une bonne chose, confie à l’AFP une femme d’une vingtaine d’années qui faisait son jogging dans le quartier, disant l’avoir suivie via les réseaux sociaux.

Cela a envoyé le signal que les gens en ont marre de ces restrictions excessives, ajoute la jeune femme, sous couvert de l’anonymat.

Je crois que le gouvernement a compris le message et qu’ils vont alléger leur politique, pour pouvoir s’en sortir, estime-t-elle.

La censure n’a pas pu suivre le rythme, selon elle, quand les manifestations ont éclaté en divers endroits du territoire.

Mais la censure s’est depuis rattrapée : sur les réseaux sociaux chinois, toute information concernant ces manifestations semblait avoir été effacée lundi.

Sur la plateforme Weibo, sorte de Twitter chinois, les recherches Rivière Liangma et rue Urumqi ne donnaient aucun résultat lié à la mobilisation.

Contrôle de l’information et restrictions sanitaires

Le contrôle strict des autorités chinoises sur l’information et les restrictions sanitaires sur les voyages à l’intérieur du pays compliquent la vérification du nombre total de manifestants durant le week-end.

Mais un soulèvement aussi étendu est rarissime en Chine, compte tenu de la répression contre toute forme d’opposition au gouvernement.

Des manifestations ont également eu lieu à Canton, Chengdu et Hong Kong, mais aussi à Wuhan, ville du centre du pays où avait été détecté le premier cas au monde de COVID-19 il y a bientôt trois ans.

Le Quotidien du peuple a publié lundi un texte mettant en garde contre la paralysie et la lassitude face à la politique zéro COVID, sans toutefois appeler à y mettre fin.

Les gens ont maintenant atteint un point d’ébullition, car il n’y a pas de direction claire sur la voie à suivre pour mettre fin à la politique du zéro COVID, explique à l’AFP Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l’Université nationale de Singapour.

Le parti a sous-estimé la colère de la population, ajoute-t-il.

Les manifestations ont inquiété les investisseurs. Et les bourses asiatiques ont ouvert en nette baisse lundi.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Les manifestations se multiplient en Chine contre le « zéro COVID »

novembre 27, 2022
Manifestation à Pékin.

Ces manifestations constituent une rare démonstration d’hostilité envers le régime de Xi Jinping. Photo: Obtained by Reuters

Des centaines de personnes sont descendues dans les rues dimanche à Pékin, Shanghai et d’autres villes de Chine pour protester contre les confinements à outrance, une rare démonstration d’hostilité envers le régime du président Xi Jinping et sa politique de « zéro COVID » draconienne pratiquée depuis près de trois ans.

Confinements inopinés, massifs et interminables à la découverte du moindre cas, mises en quarantaine systématiques des cas contact dans des camps et tests PCR négatifs exigés presque quotidiennement pour avoir accès à l’espace public exaspèrent de plus en plus la population chinoise. Un mécontentement attisé par plusieurs cas très médiatisés dans lesquels les services d’urgence, lors d’accidents, auraient été ralentis par les restrictions sanitaires, avec des conséquences fatales.

 Image tirée de la vidéo de manifestants criant des slogans face aux policiers à Shanghai.

Des foules en colère sont descendues dans les rues de Shanghai aux premières heures dimanche et des images similaires proviennent de plusieurs autres villes chinoises. Photo: Getty Images

Un incendie qui a fait dix morts jeudi à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang, a exacerbé ces récriminations. De nombreuses publications circulant sur les réseaux sociaux ont accusé les mesures anti-COVID d’avoir aggravé ce drame, des voitures garées depuis des semaines pour cause de confinement dans l’étroite ruelle menant à l’immeuble en flammes ayant entravé l’arrivée des secours.

Dimanche après-midi, des centaines de personnes ont manifesté en silence dans le centre de Shanghai, métropole de 25 millions d’habitants soumise au début de l’année à un épuisant confinement de deux mois.

Brandissant fleurs blanches et feuilles de papier blanc – devenues un symbole de protestation contre la censure – les contestataires se sont postés en silence à plusieurs intersections avant d’être dispersés par la police, selon des témoins.

Une femme portant un masque de protection traverse une rue presque vide.

Une femme portant un masque de protection traverse une rue presque vide avec ses bagages dans le Central Business District à Pékin. Photo: Getty Images/Kevin Frayer

Une autre protestation avait déjà eu lieu la nuit précédente non loin de là. Une vidéo largement diffusée sur Internet et que l’AFP a géolocalisée a montré des personnes crier Xi Jinping, démission ! et s’en prendre aussi au Parti communiste chinois, une très rare démonstration d’hostilité envers le président et le régime dans la capitale économique du pays.

Cette première protestation s’est déroulée dimanche à l’aube dans la rue Wulumuqi – le nom en mandarin de la ville d’Urumqi. Il y a eu quelques échauffourées mineures, mais dans l’ensemble, le maintien de l’ordre a été civilisé, a dit un témoin à l’AFP. C’est fou de savoir que, dans ces circonstances, il y a encore tant de gens courageux qui se font remarquer, s’est-il exclamé.

Plusieurs témoins ont rapporté qu’au moins deux personnes ont été emmenées par les forces de l’ordre. Sollicitée par l’AFP, la police locale n’a pas réagi.

Entre 200 et 300 étudiants de la prestigieuse Université Tsinghua à Pékin ont également manifesté dimanche sur leur campus, selon un témoin interrogé par l’AFP et des images publiées sur les réseaux sociaux.

Ce témoin a rapporté que vers 11 h 30, une étudiante a commencé par brandir une feuille de papier blanc et a été rejointe par d’autres femmes.

On a chanté l’hymne national et l’Internationale, et scandé :  » la liberté triomphera  »,  » pas de tests PCR, on veut de la nourriture  »,  »non aux confinements, nous voulons la liberté  », a encore dit ce témoin.

Manifestation à Shanghai.

Cette capture d’écran montre des manifestants criant des slogans face aux policiers à Shanghai. Photo: Getty Images

Sur Internet, des vidéos montraient une foule devant la cantine de l’université, réunie autour d’un orateur qui criait : Ce n’est pas une vie normale, nous en avons assez. Nos vies n’étaient pas comme ça avant!

Une autre vidéo apparemment prise au même endroit montrait des étudiants criant : démocratie et État de droit, liberté d’expression, mais elle a été rapidement retirée d’Internet.

Une veillée à la mémoire des victimes de l’incendie d’Urumqi a aussi eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche à l’Université de Pékin, voisine de l’Université Tsinghua. Selon un étudiant y ayant participé, les protestataires ont commencé à se rassembler samedi soir vers minuit sur le campus, et la foule a atteint entre 100 et 200 personnes.

J’ai entendu des gens crier :  » non aux tests COVID, oui à la liberté  », a-t-il raconté, en montrant à l’AFP des photos et vidéos corroborant ses dires.

Des vidéos sur les réseaux sociaux ont par ailleurs montré une importante veillée à l’Institut des communications de Nankin, ainsi que de petits rassemblements à Xian, Wuhan et Canton, mais l’authenticité de ces images n’a pas pu être vérifiée par l’AFP.

L’entrée d’une zone résidentielle surveillée par des gardiens en tenue de protection contre la COVID-19 à Pékin.

Les confinements inopinés et les mises en quarantaine systématiques exaspèrent la population chinoise. Photo: Getty Images/Noel Celis

Les hashtags relatifs aux protestations étaient censurés sur la plateforme Weibo, et les vidéos sensibles étaient effacées des sites de partage Duoyin et Kuaishou.

Des protestations sporadiques et parfois violentes ont déjà eu lieu à travers le pays ces derniers jours, notamment dans la plus grande usine d’iPhone du monde située à Zhengzhou, ainsi qu’à Urumqi après l’incendie.

La Chine a recensé dimanche 39 506 cas de COVID-19, un record quotidien qui reste très faible par rapport aux chiffres enregistrés ailleurs dans le monde au plus fort de la pandémie.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Covid-19: la RDC entre dans la sixième vague de la pandémie

novembre 26, 2022

Depuis quelques semaines, la République démocratique du Congo (RDC) connaît une augmentation de cas de covid-19, même si la létalité est légère. Pour la ministre de la Santé, Hygiène et Prévention, le Dr Jean-Jacques Mbungani, le pays est en pleine sixième vague de cette pandémie.

La présence de la sixième vague de la pandémie de la covid 19 se justifie par le fait qu’à l’approche des fêtes de fin d’année, l’on observe une affluence de personnes qui ne respectent pas toujours les gestes barrières. Un tour dans les différents lieux publics de la ville de Kinshasa l’atteste. Pour juguler cette sixième vague, le ministre Jean-Jacques Mbungani a lancé un appel aux médecins pour lever leur mouvement de débrayage en vue d’assurer la prise en charge des malades. Ce qui permettra d’éviter l’explosion des cas de personnes atteintes de la covid-19 dans les hôpitaux. La population, pour sa part, devra respecter les mesures barrières, à savoir le lavage des mains avec du savon ou l’usage du gel hydroalcoolique, le port correct de masque et le respect de la distanciation sociale.

Rappelons que depuis le début de l’épidémie déclarée le 10 mars 2020, le cumul des cas, à la date du 25 novembre, a été de 94 364, dont 94 362 cas confirmés et deux cas probables. Au total, il y a eu 83 680 personnes guéries et 1 366 décès. Il est à noter qu’à la même date, 17 nouveaux cas confirmés ont été rapportés dans deux provinces, dont 16 à Kinshasa et un à Lualaba, sur les 660 échantillons testés. Cette pandémie touche toutes les vingt-six provinces du pays et la ville de Kinshasa demeure toujours l’épicentre avec 50 451 cas positifs.

Avec Adiac-Congo par Blandine Lusimana

Chine: six millions de personnes confinées après une flambée de Covid et de violentes manifestations

novembre 24, 2022

Chine: six millions de personnes confinees apres une flambee de Covid et de violentes manifestations
Chine: six millions de personnes confinées après une flambée de Covid et de violentes manifestations© AFP/Noel CELIS

Zhengzhou, ville du centre de la Chine qui héberge une immense usine d’iPhone, a ordonné jeudi le confinement de six millions de personnes après une flambée de Covid-19 qui a entraîné de violentes manifestations sur le site industriel.

Des centaines d’ouvriers ont défilé mercredi devant l’usine et ont fait face à des policiers, lesquels étaient armés de matraques et habillés en combinaisons intégrales de protection blanches.

Dans la foulée, les autorités de Zhengzhou ont ordonné une grande campagne de dépistage dans plusieurs districts de la ville. Ces quartiers sont confinés pour cinq jours à partir de vendredi minuit.

Les habitants du centre-ville ne sont plus autorisés à quitter la zone sans un test PCR négatif et l’autorisation des autorités locales. Il leur est conseillé de ne pas sortir de chez eux, « sauf si nécessaire ».

Ces mesures concernent plusieurs quartiers, touchant environ la moitié des habitants de Zhengzhou. Elles ne couvrent pas la zone de l’usine d’iPhone, où les ouvriers sont déjà soumis à des restrictions depuis plusieurs semaines.

Un ouvrier a déclaré à l’AFP que les manifestations ont débuté en raison d’une polémique autour du montant d’une prime promise aux ouvriers de l’usine, propriété du géant taïwanais Foxconn, principal sous-traitant d’Apple.

Selon ce travailleur, la prime serait passée de 3.000 à 30 yuans (de 400 à 4 euros), ce qui aurait provoqué un fort mécontentement au sein du personnel.

Plusieurs employés sont également excédés par les conditions de vie « chaotiques » sur le site en raison des restrictions anti-Covid, a déclaré cet ouvrier, qui veut rester anonyme pour éviter d’éventuelles représailles.

« Erreur technique »

Foxconn s’est excusé jeudi, assurant qu’une « erreur technique » dans son système de paiement était à l’origine du problème autour des primes. Le groupe a dit « totalement comprendre » les inquiétudes des ouvriers.

« La société fera également de son mieux pour résoudre de façon proactive les préoccupations et les demandes raisonnables des employés », a indiqué l’entreprise taïwanaise.

Le géant américain Apple, dont l’iPhone est le produit phare, a indiqué jeudi à l’AFP avoir des réprésentants actuellement présents sur le site.

Le groupe californien « examine la situation et travaille en étroite collaboration avec Foxconn pour s’assurer que les préoccupations de leurs employés soient prises en compte », a-t-il indiqué.

Le mois dernier, des ouvriers, paniqués par le confinement inopiné de l’usine, avaient fui le site à pied.

Dans le cadre de la stricte politique sanitaire « zéro Covid » de la Chine, la moindre hausse des cas conduit à fermer des villes entières et à placer les personnes testées positives en quarantaine.

Mais cette stratégie suscite aujourd’hui la lassitude d’une grande partie de la population. Et le nombre d’infections atteint des sommets.

Le ministère de la Santé a annoncé jeudi un nouveau record du nombre de personnes testées positives en 24 heures, à 31.444 cas locaux – dont 27.517 asymptomatiques.

Ce nombre dépasse le précédent record (29.317) enregistré à la mi-avril, lorsque la métropole de Shanghai était confinée.

Hôpitaux de fortune

Ces chiffres apparaissent toutefois faibles au regard de la population chinoise (1,4 milliard d’habitants) et des records observés dans les pays occidentaux.

Plusieurs autres grandes villes chinoises, dont Pékin, Shanghai et Chongqing, ont également renforcé les restrictions.

La capitale exige désormais un test PCR négatif de moins de 48 heures pour pouvoir entrer dans les lieux publics comme les centres commerciaux, les hôtels et les bâtiments administratifs.

De nombreuses écoles sont passées en enseignement à distance. La plupart des restaurants, bars et commerces sont fermés.

Le centre manufacturier de Canton (sud), épicentre de l’actuelle vague de Covid, a construit des milliers de chambres d’hôpital temporaires pour accueillir les patients.

Le gouvernement avait annoncé le 11 novembre une « optimisation » des restrictions anti-Covid, avec l’assouplissement de plusieurs mesures, dont la réduction de la durée des quarantaines, notamment pour les voyageurs arrivant de l’étranger.

Mais Shijiazhuang, une commune voisine de Pékin qui était considérée comme une ville pilote pour tester cette stratégie de réouverture, est revenue sur la plupart des assouplissements – tout comme d’autres localités.

« Le chemin vers la réouverture pourrait être lent, coûteux et cahoteux », a estimé dans une note Ting Lu, économiste pour la banque Nomura.

Par Le Point avec AFP

Avec un virus toujours en évolution, la COVID-19 n’a pas dit son dernier mot

octobre 9, 2022

En Europe, une nouvelle vague de COVID-19 débute et la même tendance se dessine au Canada. S’il est difficile de dire avec précision ce qui nous attend au cours des prochains mois, une chose est sûre : la pandémie n’est pas terminée et la présence de multiples variants d’Omicron pourrait nous réserver des surprises.

Le variant Omicron, fruit d'une mutation du virus de la COVID-19.

Des nombreuses sous-lignées du variant Omicron circulent. Laquelle deviendra dominante cet automne? Photo : Getty Images/Istockphoto/Jezperklauzen

Depuis trois semaines, au Royaume-Uni, le nombre de cas et d’hospitalisations monte rapidement. Depuis une semaine, celles-ci ont augmenté de 33 %. Plus de 3100 hospitalisations la semaine dernière : il s’agit de la deuxième semaine en comportant le plus en 2022.

En France, les hospitalisations ont augmenté de plus de 40 % depuis une semaine et le taux de positivité frôle les 25 %, ce qui indique une transmission communautaire très élevée.

Au Canada, les analyses des eaux usées dans plusieurs villes montrent une augmentation de la concentration du SRAS-CoV-2.

Au Québec, les hospitalisations et le nombre de travailleurs de la santé absents en raison de la COVID-19 augmentent. En Ontario, le nombre d’hospitalisations grimpe et a déjà presque atteint le sommet de cette année.

Le cofondateur de l’étude britannique Zoe COVID(Nouvelle fenêtre), Tim Spector, a déclaré à The Guardian(Nouvelle fenêtre) que l’automne risque d’être très ardu. Nous risquons d’avoir un mois d’octobre difficile, qui sera probablement pire que la dernière vague.

La Dre Catherine Hankins, professeure en santé publique et en santé des populations à l’Université McGill et coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, abonde dans le même sens. Outre la levée de la majorité des mesures sanitaires, plusieurs éléments sont présents pour provoquer une nouvelle vague.

De multiples variants viennent brouiller les cartes

Selon Ryan Gregory, professeur de biologie de l’évolution au Département de biologie intégrative de l’Université de Guelph, la situation est différente cet automne à cause de la multiplication des variants en circulation. Nous n’avons jamais fait face à autant de variants en même temps.

Lors des premières vagues, un seul variant dominait. Les premiers variants – comme Alpha et Delta – ne circulent presque plus, puisque de nouveaux variants plus compétitifs ont pris leur place.

Puis, Omicron est apparu. La lignée originale d’Omicron, le BA.1, a d’abord frappé en janvier 2022. Cette souche représente désormais moins de 1 % des cas au Canada.

Depuis, Omicron mute à un rythme élevé, produisant une panoplie de sous-variants. Par exemple, BA.2 a frappé au printemps, suivi de BA.4 et BA.5 cet été. En ce moment, environ 2 % des cas au pays sont causés par BA.2, 10 % par BA.4 et près de 90 % par BA.5.

« On observe que certaines lignées d’Omicron mutent très rapidement. Oui, le virus de la grippe mute lui aussi chaque année, mais pas au rythme du SRAS-CoV-2. »— Une citation de  Ryan Gregory, Université de Guelph

Une image montrant l'arbre phylogénique du SRAS-CoV-2.

Dans ce graphique montrant l’épidémiologie génomique du SRAS-CoV-2, on voit que le variant Omicron (en jaune et en orange) n’a pas évolué à partir de variants précédents comme Delta (en bleu) ou Alpha (en mauve). Les différents sous-variants d’Omicron possèdent un nombre élevé de mutations dans la protéine de spicule. Photo : Nextrain.Org

En fait, selon Trevor Bedford, virologue au Fred Hutchinson Cancer Center, le rythme d’évolution du SRAS-CoV-2(Nouvelle fenêtre) depuis un an équivaut à cinq années d’évolution du H3N2, l’un des virus de la grippe qui mute le plus fréquemment.

En ce moment, il y a près d’une dizaine de variants qui sont en compétition pour remplacer les BA.4 et BA.5, dont BA.2.75, BA.2.75.2, BA.2.3.20, BA.4.6, BQ.1, BQ.1.1 et XBB. Ce sont tous des variants d’Omicron, précise M. Gregory.

En ce moment, les sous-variants BA.4.6, BA.2.75 et BQ.1 sont présents au Canada.

Une soupe de variants aptes à échapper à l’immunité

Ce qui préoccupe M. Gregory est non seulement la quantité de sous-variants hautement transmissibles, mais aussi le fait qu’ils deviennent de plus en plus aptes à échapper à l’immunité acquise par une infection ou par un vaccin.

« Le virus est de moins en moins intéressé à devenir plus transmissible. Il mute pour échapper davantage à notre immunité et pour infecter encore et encore. Nous ne savons pas exactement comment tout cela va finir, mais nous savons que plusieurs de ces variants vont échapper à l’immunité. »— Une citation de  Ryan Gregory, Université de Guelph

De plus, certains de ces variants semblent neutraliser les effets de la poignée de médicaments qui sont offerts pour traiter et protéger les personnes à risque de complications graves de la COVID-19. C’est le cas notamment des sous-variants BQ.1.1 et BA.2.75.2.

Ces sous-variants causeront-ils davantage de complications sérieuses? Difficile à dire à ce stade, indique M. Gregory. Santé Canada précise que, bien qu’Omicron ait été largement associé à une maladie moins grave par rapport aux variants précédents, la virulence des sous-lignées de BA.4 et BA.5 n’est actuellement pas claire.

Peut-on compter sur l’immunité hybride?

Puisque les deux tiers des Canadiens auraient été infectés(Nouvelle fenêtre) depuis décembre dernier, les autorités mentionnent de plus en plus l’immunité hybride – soit l’immunité acquise par une infection chez une personne vaccinée.

Cette immunité hybride pourrait-elle aider à réduire les répercussions d’une nouvelle vague? Impossible de le savoir avec certitude.

Santé Canada avertit, elle, que la durée de l’immunité hybride n’a pas encore été entièrement caractérisée(Nouvelle fenêtre).

Mais dans une étude publiée cette semaine, mais non révisée par des pairs(Nouvelle fenêtre), on a cherché à comprendre si une personne infectée doit également se faire vacciner. Les chercheurs ont comparé la protection contre une infection et contre une maladie grave entre les personnes infectées et non vaccinées, les personnes vaccinées et non infectées et les personnes avec une immunité hybride (infectées et vaccinées).

Nos résultats indiquent clairement la nécessité d’une vaccination, même parmi les personnes qui ont déjà été infectées, indique l’un des auteurs de l’étude, le Dr Niklas Bobrovitz.

Chez les trois groupes, la protection contre une hospitalisation et les complications graves reste élevée après six mois : 95 % de protection avec une immunité hybride; 80 % avec une infection sans vaccination; et 65 % avec les premières doses du vaccin sans infection. Chez les personnes avec une immunité hybride, la protection contre les complications dure au moins 12 mois.

Quant à la protection contre les réinfections, elle diminue rapidement à partir de six mois pour les trois groupes. Enfin, une infection par l’un des sous-variants d’Omicron réduit le risque de réinfection par un autre sous-variant d’Omicron. Toutefois, le Dr Bobrovitz précise qu’il est trop tôt pour savoir si cela s’applique à tous les nouveaux sous-variants.

Les chercheurs sont clairs : acquérir sciemment une infection dans l’espoir d’avoir une immunité hybride n’est pas recommandé.

« Les risques [associés à une infection à la COVID-19] sont importants et il serait imprudent de les ignorer. »— Une citation de  Dre Maria Van Kerkhove, responsable technique de la gestion de l’épidémie de COVID-19 à l’OMS et auteure de l’étude

Il s’agit notamment des risques d’hospitalisation, d’admission aux soins intensifs, de nécessité d’une ventilation mécanique et de décès. Il y a également le risque de développer le syndrome post-COVID-19. De plus, ceux qui survivent à la COVID-19 grave ont un risque accru de complications cardiovasculaires, de démence, de diabète et d’affections respiratoires chroniques, écrivent les auteurs de l’étude, qui ajoutent que la vaccination demeure un moyen sûr d’éviter les conséquences graves de la maladie.

Tout comme les auteurs de l’étude, M. Gregory demande aux gens de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de nombreuses infections.

« Nous ne savons pas ce qui se passe si vous êtes infecté 3, 4, 5, ou 6 fois. Nous ne comprenons pas tous les impacts à long terme des réinfections. Mais nous savons que chaque réinfection augmente les risques de complications. »— Une citation de  Ryan Gregory, Université de Guelph

Des gens marchent.

Des gens sortent d’une station de métro de Montréal. Certains portent le masque, d’autres non. Photo : La Presse Canadienne/Graham Hughes

M. Gregory ne croit pas que les gouvernements devraient miser exclusivement sur l’immunité hybride, puisque le virus évolue trop rapidement. Il souligne que les autorités se fiaient sur le fait que des millions de Canadiens avaient été infectés l’hiver dernier pour avoir un été plus calme. C’est tout le contraire qui s’est produit.

La Dre Kerkhove précise que l’immunité hybride à elle seule ne mettra pas fin à la pandémie.

« Des vagues d’infection continueront de se produire même lorsque les niveaux d’immunité hybride seront élevés, car les vaccins actuels n’empêchent pas complètement l’infection – ce n’est pas l’objectif principal des vaccins. »— Une citation de  Dre Maria Van Kerkhove, responsable technique de la gestion de l’épidémie de COVID-19

De plus, il est difficile de savoir avec certitude à quel point la population est protégée par cette immunité hybride, puisque les Canadiens ont été infectés à des moments différents, avec des variants différents et qu’ils ont été vaccinés, certains entièrement, d’autre pas du tout, à des intervalles différents.

Rappelons aussi que seulement 40 % des Canadiens de plus de 60 ans ont eu la COVID-19; par conséquent, un grand nombre de personnes restent vulnérables à l’infection. Santé Canada ajoute que de nombreux Canadiens vaccinés n’ont pas nécessairement été infectés; ils ne possèdent donc pas l’immunité hybride.

La population n’est pas suffisamment vaccinée

Une clinique de vaccination en fonction.

Les Canadiens ont désormais accès à trois vaccins : le vaccin original et deux vaccins bivalents, qui visent certaines sous-lignées d’Omicron. Photo : Radio-Canada

Sachant que la protection des vaccins diminue avec le temps, Santé Canada recommande une dose de rappel pas plus de six mois après la dernière.

D’ailleurs, une étude canadienne publiée dans JAMA(Nouvelle fenêtre) montre que l’efficacité contre une infection à Omicron est de seulement 36 % avec deux doses. Elle est de 61 % avec une dose de rappel.

Au Canada toutefois, seulement 16 % de la population a reçu une dose depuis moins de six mois. Au Québec, c’est 22 %.

Ces données préoccupent la Dre Catherine Hankins.

« Il n’y a pas assez de personnes qui sont protégées. Et, dans bien des cas, leur immunité a diminué. Même si on n’a pas un nouveau variant super dangereux qui émerge, on n’aura pas suffisamment de protection. »— Une citation de  Dre Catherine Hankins, Université McGill

Le nombre de cas, de décès et d’hospitalisations demeure élevé

Une infirmière revêt une tunique protectrice avant de voir un patient à l'Hôpital Humber River.

40 % des hospitalisations liées à la COVID-19 depuis le début de la pandémie au Canada sont survenues en 2022. Photo : CBC/Evan Mitsui

La Dre Hankins s’inquiète aussi de l’impact de nouvelles vagues sur les systèmes de santé. Même si les nouveaux variants sont moins dangereux, leur haute transmissibilité risque de causer un nombre extrêmement élevé d’hospitalisations, comme cela a été le cas l’hiver dernier, rappelle-t-elle.

Notre système de santé n’a pas la capacité [d’absorber une grosse vague]. Nous avons des délais en chirurgie accumulés depuis deux ans. Nous avons un système de santé et des travailleurs qui sont stressés.

D’ailleurs, si la situation s’est légèrement améliorée au cours des dernières semaines, elle demeure fragile. L’année 2022 a été particulièrement difficile.

Parmi les plus de 192 000 hospitalisations liées à la COVID-19 au Canada recensées depuis le début de la pandémie, il y en a eu plus de 73 000 en 2022. En comparaison, environ 12 000 Canadiens sont hospitalisés(Nouvelle fenêtre) annuellement à cause de la grippe.

Au Québec, la COVID-19 a mené à près de 36 000 hospitalisations depuis janvier 2022, soit presque trois fois plus qu’en 2021. Depuis le mois de juin dernier, près de 14 000 Québécois ont été hospitalisés.

Au Canada, près de 15 000 personnes sont décédées des suites de la COVID-19 en 2022, soit autant qu’en 2020 et plus qu’en 2021. Avant le début de la pandémie, on dénombrait en moyenne 3500 décès causés par la grippe au pays.

Au Québec, près de 5000 personnes sont décédées de la COVID-19 en 2022, comparativement à environ 3800 en 2021. Quant à la grippe, elle tue en moyenne 360 personnes par an au Québec (en 2018, elle a tué environ un millier de Québécois).

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

Canada-COVID-19 : le gouvernement Trudeau lève les mesures sanitaires visant les voyageurs

septembre 26, 2022
Jean-Yves Duclos ajuste son oreillette pendant une conférence de presse.

Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, a souligné que les Canadiens sont « en bien meilleure position » maintenant. Photo : La Presse Canadienne/Adrian Wyld

Le gouvernement fédéral annonce la fin des mesures frontalières liées à la COVID-19 à compter du 1er octobre, y compris les vaccinations obligatoires, les tests de dépistage et la mise en quarantaine des voyageurs internationaux.

Nous sommes dans une bien meilleure position aujourd’hui qu’en 2020, a annoncé en point de presse lundi le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, ajoutant toutefois que la COVID-19 est toujours là.

Le ministre a néanmoins affirmé que le gouvernement pourra rétablir des mesures en cas de nouveaux variants ou d’autres menaces pour la santé publique.

À compter de samedi, les voyageurs n’auront plus à :

  • utiliser l’application ArriveCan (qui devient facultative);
  • fournir une preuve de vaccination;
  • subir un test de dépistage avant ou à l’arrivée au Canada;
  • s’isoler ou se mettre en quarantaine;
  • surveiller ou signaler les signes ou les symptômes de COVID-19 à leur arrivée au Canada.

De plus, les personnes voyageant par avion ou par train n’auront plus besoin de porter de masques ou de subir de contrôles à partir du 1er octobre.

Le décret ministériel maintenant les mesures frontalières liées à la COVID-19 ne sera donc pas renouvelé lorsqu’il expirera le 30 septembre.

Les personnes de plus de 12 ans devaient jusqu’ici être vaccinés pour entrer au pays ou bien se soumettre à un test de dépistage avant l’entrée, à l’arrivée et se placer en quarantaine pendant 14 jours.

Également présent au point de presse,  Marco Mendicino, ministre canadien de la Sécurité publique, a souligné que les touristes étaient revenus en grand nombre au Canada , avec plus de 38 millions d’entrées en 2022. Nous voulons maintenir cet élan, a-t-il ajouté.

Le ministre Duclos estime que les progrès sur le plan sanitaire ont été réalisés grâce aux vaccins contre la COVID-19. L’accent doit être mis sur la vaccination, a-t-il souligné, invitant les Canadiens à obtenir leurs doses de rappel.

Radio-Canada avec les informations de La Presse canadienne et Agence France-Presse

Canada: Des enfants d’aînés morts de la COVID-19 en résidence poursuivent Québec au civil

septembre 22, 2022
La photo d'un homme est affichée sur une porte.

Le fils d’André Dumont estime que le gouvernement n’a pas suffisamment protégé son père lors de la première vague de la pandémie. Photo : Famille Dumont

Dans le cadre d’une poursuite civile, deux familles réclament au gouvernement du Québec neuf millions de dollars en dommages pour la maltraitance présumée de leurs parents hébergés en résidence pour aînés lors de la première vague de COVID-19.

Patrick Dumont, Emmanoel Makris et sa sœur, Vickie Vassiliki Makris, réclament chacun des dommages punitifs de trois millions de dollars en raison d’un laxisme des règles sanitaires pratiquées lors de la première vague de la pandémie au printemps 2020 et d’un manque flagrant de consignes entourant la sécurité des résidents et du personnel.

Selon le document déposé à la Cour supérieure du Québec le 9 septembre dernier, cette poursuite vise la Maison Wilfrid-Grignon, le Groupe Santé Arbec, le CHSLD Pavillon Philippe-Lapointe, le CISSS des Laurentides et le Procureur général du Québec (pour le gouvernement du Québec et pour le ministère de la Santé).

Selon l’avocat au dossier, Me George Samet, on réclame ces montants en dommages punitifs d’abord et avant tout pour que ça ne recommence plus.

Le système n’a pas bien fonctionné. Il faut qu’il y ait des conséquences. On a laissé des personnes mourir dans des conditions épouvantables. On n’a pas pris de précautions, même si on savait que [le virus] était contagieux et grave, dit Me Samet.

Pour moi, ce qui est important, c’est d’obtenir justice. Tout le monde le sait, nos aînés ont été sacrifiés, dit Patrick Dumont, qui espère qu’un jugement en leur faveur poussera le gouvernement à améliorer les soins aux aînés.

M. Makris croit qu’une poursuite est la seule façon de faire en sorte que le gouvernement fasse tout en son pouvoir pour qu’une telle tragédie ne se reproduise pas.

« Je me sens comme une victime du gouvernement du Québec pour ce qu’il a fait non seulement à ma famille mais aussi à beaucoup d’autres familles à travers la province. »— Une citation de  Emmanoel Makris

Cette poursuite s’ajoute ainsi au recours collectif de 500 millions de dollars autorisé par la Cour supérieure en octobre 2019 contre le gouvernement provincial pour le traitement honteux des résidents des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Lancé par le Conseil pour la protection des malades (CPM), ce recours vise le gouvernement du Québec ainsi que 22 CISSS et CIUSSS qui administrent des CHSLD.

Appelé à réagir à l’annonce de cette nouvelle poursuite, Paul G. Brunet, président-directeur général du CPM, estime qu’il n’y aura jamais assez de poursuites pour faire comprendre à l’État que ce qu’il n’offre pas aux personnes hébergées en termes de quantité et de qualité de soins et de services, il le paiera en compensations.

M. Brunet reconnaît que ce recours collectif risque de prendre plusieurs années avant d’aboutir. La grande majorité des personnes victimes de cette maltraitance seront décédées, déplore-t-il.

C’est d’ailleurs pourquoi MM. Makris et Dumont ont choisi l’avenue d’une poursuite au civil dans l’espoir qu’un jugement soit rendu plus rapidement.

Rappelons également qu’une entente de 5,5 millions de dollars a été conclue le 31 mars 2022 entre les résidents du CHSLD Herron, les membres de leurs familles et les propriétaires de cette résidence privée pour personnes âgées en perte d’autonomie.

Allégations de négligence

Une femme est assise dans un fauteuil roulant.

Despina Pafou est décédée le 17 mai 2020 des suites de la COVID-19, une infection qu’elle a contractée à la résidence Wilfrid-Gagnon. Photo : Emmanoel Markis

Le document présenté à la cour cite de nombreux reportages dans les médias qui décrivent la situation chaotique qui régnait dans de nombreux CHSLD ainsi que les témoignages de MM. Makris et Dumont.

Despina Pafou, la mère d’Emmanoel Makris, qui habitait la résidence intermédiaire Wilfrid-Gagnon, à Sainte-Adèle, a été infectée au début de mai 2020. Pourtant, dit M. Makris, la direction de cette résidence continuait de dire aux familles que tout était maîtrisé. J’ai su que la situation était affreuse quand j’ai lu des articles de journaux.

Son fils allègue que sa mère a été laissée à l’abandon lorsqu’elle a été placée en isolement dans une chambre. Les travailleurs n’avaient pas l’équipement ni le soutien nécessaires pour affronter la pandémie, déplore-t-il. Les gens avaient trop peur pour venir la voir.

M. Makris raconte qu’après plusieurs jours, sa mère, paniquée, a réussi à appeler la police. Elle leur a dit :  »J’ai froid, j’ai faim, j’ai soif, je suis enfermée dans une pièce et je ne peux pas sortir. » Selon M. Makris, les policiers auraient trouvé une résidence en plein chaos et Mme Pafou gisant par terre dans sa chambre.

Despina Pafou a été conduite à l’hôpital, où elle est décédée le 17 mai 2020. M. Makris a seulement pu constater son déclin et dire ses adieux par iPad. Elle est morte de la pire des manières que je puisse imaginer : isolée, seule, terrifiée, dit-il.

« Tout cela a ruiné ma vie et j’essaie encore de comprendre ce qui s’est passé. C’est une douleur que je ne peux pas décrire et une douleur qui est vécue par des milliers de familles. »— Une citation de  Emmanoel Makris

Mouvements de personnel infecté

Un homme est assis dans un fauteuil roulant en compagnie d'une femme qui porte un équipement de protection individuelle.

André Dumont était un usager et un résident du Pavillon Philippe-Lapointe, un CHSLD situé à Sainte-Agathe-des-Monts, depuis 2016. Photo : Famille Dumont

Le père de Patrick Dumont, André Dumont, a été infecté en avril 2020. C’est un travailleur d’une agence privée venu prêter main-forte qui a transmis le virus à plusieurs résidents.

M. Dumont raconte avoir lui aussi appris l’existence de l’éclosion en écoutant les nouvelles. Il dit que sa famille a subi énormément d’anxiété, ne sachant pas ce qui se passait. Tout était secret, c’était l’omerta. […] J’ai appelé, mais je n’ai jamais eu de retour d’appel. J’ai compris que le message était qu’il ne fallait pas en parler.

Tous les résidents du Pavillon Philippe-Lapointe ont fini par être infectés.

Le père de M. Dumont a survécu à sa première infection mais a été infecté à deux reprises avant sa mort, survenue en octobre 2021, des complications de la COVID-19.

« On leur fait confiance pour prendre soin de nos aînés. Ils n’étaient pas préparés à ça, ils manquaient d’équipement, de personnel, de formation. »— Une citation de  Patrick Dumont

Selon Me Samet, ces familles craignent par ailleurs que le rapport de la coroner Géhane Kamel sur les décès survenus en CHSLD soit relégué aux oubliettes. Dans son rapport d’enquête publique, la coroner a affirmé qu’il y a eu rupture du contrat moral et sociétal en laissant mourir des dizaines de patients en CHSLD dans des conditions épouvantables.

Le CISSS n’a pas souhaité commenter cette poursuite et Santé Arbec n’a pas répondu à nos courriels.

Demande d’excuses

Selon M. Dumont, le gouvernement, le CISSS et le système de santé ont échappé la gestion de la pandémie. Il dénonce aussi l’indifférence des autorités. Il y a eu zéro empathie, zéro compassion.

C’est d’ailleurs pourquoi M. Dumont souhaite que le premier ministre sortant François Legault présente des excuses formelles à toutes les familles d’aînés en résidence. S’il avait des couilles, ça se produirait, dit-il sans réserve.

M. Dumont s’explique mal pourquoi, pendant la campagne électorale actuelle, les partis n’osent pas parler de la situation catastrophique qui a régné dans les CHSLD à l’époque.

Je suis très étonné. On a la mémoire courte au Québec. Ils parlent du troisième lien, du tramway, de l’inflation. Ces choses sont importantes, mais on ne peut pas faire semblant que ça n’a pas existé.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

France/Covid-19 : pourquoi les contaminations repartent à la hausse

septembre 16, 2022

Quelque 33 263 nouveaux cas ont été comptabilisés jeudi, contre 19 866 une semaine plus tôt. Une reprise épidémique due à la conjonction de deux phénomènes.

Les contaminations de Covid-19 augmentent de nouveau en France, laissant présager une possible huitième vague de l’épidémie au sortir de l’été, dont l’ampleur reste difficile à prévoir. « Le scénario le plus probable est celui d’un pic épidémique à la rentrée », affirmait mi-août Brigitte Autran, tout juste nommée présidente du comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires, le successeur du conseil scientifique.

Il semblerait que les faits lui donnent raison. Depuis plusieurs jours, les contaminations ont recommencé à progresser. « La circulation du Sars-CoV-2 est repartie à la hausse après plusieurs semaines d’amélioration de la situation épidémique », observe ainsi Santé publique France dans son point hebdomadaire. Jeudi 15 septembre, 33 263 nouveaux cas de Covid étaient comptabilisés, contre 19 866 une semaine plus tôt, soit un bond de plus de 67 %. « Depuis deux jours, le taux de reproduction du virus (le fameux R, NDLR) est supérieur à 1, ce qui est le signal robuste d’une reprise épidémique », a affirmé à l’Agence France-Presse l’épidémiologiste Mircea Sofonea.

Autre indicateur : le nombre de tests (852 500) a augmenté de 9 % la semaine du 5 au 11 septembre, a indiqué jeudi la Drees, le service statistique des ministères sanitaires et sociaux. Ils ont notamment fortement augmenté chez les moins de 16 ans (+ 56 %). « Le nombre de tests PCR n’est pas très élevé actuellement et ne permet pas de faire des analyses très fiables, mais la tendance semble confirmer à tout le moins un arrêt de la décrue épidémique et possiblement un rebond, prémisse d’une possible nouvelle vague pandémique », a analysé pour l’AFP l’épidémiologiste Antoine Flahault. « La reprise a certainement commencé il y a plus d’une semaine, mais on ne peut l’attester statistiquement que depuis deux jours », a relevé de son côté Mircea Sofonea.

Déclin immunitaire et brassage, les deux responsables ?

La conjonction de deux phénomènes pourrait expliquer cette reprise. D’abord, un certain déclin immunitaire dans une population qui a parfois été contaminée ou a reçu son dernier vaccin il y a de nombreux mois. Or la protection contre l’infection s’érode avec le temps. Ensuite, le contexte de rentrée, scolaire et professionnelle, qui favorise davantage les brassages. La hausse des contaminations est « principalement portée par les moins de 20 ans », à commencer par les 0-9 ans (+ 111 %, sur la semaine du 5 au 11 septembre), relève Santé publique France.

Ce n’est pas dans une situation inédite. À la même époque de 2021, à la faveur de la rentrée scolaire, le variant Delta, qui avait aussi causé une vague estivale, était revenu déclencher une vague automno-hivernale. « Il semble bien que l’actuel sous-variant dominant d’Omicron, BA.5, qui a frappé l’Europe cet été, se propage à nouveau depuis la rentrée et progresse dans toutes les régions de France métropolitaine (sauf encore la Corse), et dans presque tous les pays d’Europe occidentale », a avancé Antoine Flahault.

Si une huitième vague devait se produire, il semble encore difficile de prévoir son ampleur. En effet, on ne sait pas précisément à quel point la population est actuellement immunisée. « On va rester dans un certain brouillard pendant au moins les deux prochaines semaines », prédit encore Mircea Sofonea. En se fondant uniquement sur les dynamiques observées lors des deux précédentes vagues, « on ne devrait pas courir le risque d’une saturation hospitalière », selon lui.

Les espoirs de l’OMS déjà douchés ?

Mercredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a envoyé un message d’espoir, jugeant la fin de la pandémie « à portée de main » mais invitant à ne pas relâcher les efforts pour y parvenir. En attendant, à défaut de remarquables progrès pour améliorer la ventilation des lieux clos, la France pourrait encore essayer d’accroître la couverture vaccinale face à une nouvelle vague. Malgré les préconisations des autorités sanitaires, seuls environ 30 % des plus de 60 ans ont reçu une deuxième dose de rappel.

D’ici à quelques semaines, les vaccins bivalents (ciblant à la fois la souche originale du virus et le variant Omicron) seront par ailleurs disponibles en France. Mais les personnes les plus à risque sont invitées à ne pas attendre pour recevoir leur quatrième dose. En début de semaine prochaine, la Haute Autorité de santé (HAS) va préciser l’articulation de ces nouveaux vaccins dans la stratégie vaccinale française.

Par Le Point avec AFP

La fin de la pandémie de COVID-19 est en vue, affirme le patron de l’OMS

septembre 14, 2022
Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'une conférence de presse à Genève.

Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, estime que la pandémie de COVID-19 tire à sa fin. Photo : Reuters/Fabrice Coffrini

Le monde n’a jamais été en aussi bonne position pour mettre fin à la pandémie de COVID-19, qui a tué des millions de personnes depuis la fin 2019, a affirmé mercredi le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La semaine dernière, le nombre de décès hebdomadaires de la COVID-19 est tombé au plus bas depuis mars 2020. Nous n’avons jamais été dans une meilleure position pour mettre fin à la pandémie, a dit le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’un point de presse à Genève.

Il a toutefois mis en garde : Nous n’y sommes pas encore, mais la fin est à portée de main.

Quelqu’un qui court un marathon ne s’arrête pas quand il aperçoit la ligne d’arrivée. Il court plus vite, avec toute l’énergie qui lui reste. Et nous aussi, a souligné le chef de l’OMS.

« Nous pouvons tous voir la ligne d’arrivée, nous sommes en passe de gagner, mais ce serait vraiment le plus mauvais moment de s’arrêter de courir. »— Une citation de  Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS

Si nous ne saisissons pas cette opportunité, nous courrons le risque d’avoir plus de variants, plus de morts, plus de perturbations et plus d’incertitude, souligne le Dr Tedros, en appelant à saisir cette opportunité.

Selon le dernier rapport épidémiologique publié par l’OMS et consacré à la COVID-19, le nombre de cas a baissé de 12 % durant la semaine du 29 août au 4 septembre par rapport à la semaine précédente, s’établissant à quelque 4,2 millions de nouvelles infections déclarées.

Le nombre d’infections est sans doute beaucoup plus élevé, notamment parce que les cas bénins ne sont pas forcements déclarés, mais aussi parce que de très nombreux pays ont plus ou moins démantelé leur capacité de tests.

Au 4 septembre, l’OMS comptabilisait plus de 600 millions de cas officiellement confirmés – là aussi un nombre sans doute très inférieur à la réalité tout comme celui des morts officiellement répertoriés de 6,4 millions de personnes décédées.

Une étude de l’organisation basée sur des projections et des évaluations publiée en mai faisait état de 13 à presque 17 millions de décès supplémentaires à cause de la COVID à la fin 2021.

L’outil clé de la vaccination

En même temps que le Dr Tedros lançait son message d’espoir, l’OMS a publié six guides destinés aux États membres afin de leur permettre de rapidement mettre derrière eux cette crise sanitaire qui a aussi coûté des milliers de milliards d’euros en termes de croissance, paralysé pendant de longs mois des pans entiers de l’économie mondiale et mis à nue les inégalités dans le monde, notamment en matière de vaccination.

Les pays riches se sont accaparé les doses disponibles et, dans nombre de pays pauvres, les taux de vaccination restent encore insuffisants.

Ces recommandations sont un appel urgent aux gouvernements de se pencher sérieusement sur leurs politiques, de les renforcer contre la COVID-19 et les pathogènes futurs qui pourraient avoir le potentiel de provoquer une pandémie, a souligné le patron de l’organisation onusienne.

Parmi ces recommandations, des messages que l’OMS répète depuis presque deux ans et l’arrivée des vaccins : vacciner 100 % des personnes vulnérables et des personnels de santé, poursuivre les programmes de tests et de séquençage génique, qui permet notamment de suivre à la trace de nouveaux variants potentiellement dangereux. Nous pouvons mettre un terme à cette pandémie ensemble, mais seulement si les pays, les entreprises, les communautés et les individus se mobilisent et saisissent l’opportunité, a martelé le Dr Tedros.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Chine : 80 000 touristes coincés sur une île après des cas de COVID-19

août 7, 2022
Un agent de santé prélève un échantillon par écouvillonnage sur un homme afin de le tester pour le coronavirus COVID-19.

Dimanche, 483 cas de coronavirus ont été signalés dans la cité balnéaire de Sanya, qui compte plus d’un million d’habitants, sur l’île de Hainan (archives). Photo : Getty Images

Plus de 80 000 touristes sont coincés sur l’île de Hainan, dans le sud de la Chine, après la détection de cas de COVID-19 qui ont poussé les autorités à annuler tous les vols et trains desservant la cité balnéaire de Sanya.

Dimanche, 483 cas de coronavirus ont été signalés dans la cité balnéaire de Sanya, qui compte plus d’un million d’habitants, sur l’île de Hainan, surnommée le Hawaï chinois.

Tous les vols au départ de Sanya, un endroit prisé notamment des surfeurs, ont été annulés durant le week-end, et la vente de billets de train a été suspendue.

Les touristes souhaitant en partir doivent avoir eu cinq tests PCR négatifs au cours des sept derniers jours, ont indiqué les autorités sanitaires.

Les hôtels de la ville doivent offrir à leurs clients une réduction de 50 % jusqu’à la levée des restrictions de voyage, a indiqué un représentant des autorités lors d’un point presse samedi.

À Sanya, les lieux publics de divertissement comme les spas, les bars karaoké et les bars sont fermés depuis la semaine dernière, mais les services essentiels comme les supermarchés et les pharmacies restent ouverts.

La Chine est la seule grande économie qui continue d’appliquer une stratégie zéro COVID, imposant des confinements et de longues quarantaines qui pénalisent le tourisme local.

Les frontières du pays sont presque totalement fermées depuis début 2020, empêchant l’entrée de visiteurs étrangers.

Par Radio-Canada avec AFP